«Il n'y a plus rien à
faire: la civilisation n'est plus
cette fleur fragile qu'on préservait.
L'humanité s'installe dans
la monoculture ; elle s'apprête
à produire la civilisation
en masse comme la betterave.»
Claude Lévi Strauss
«On a commencé par
couper l'homme de la nature, et
par le constituer en règne
souverain ; on a cru ainsi effacer
son caractère le plus irrécusable,
à savoir qu'il est d'abord
un être vivant. Et, en restant
aveugle à cette propriété
commune, on a donné champ
libre à tous les abus. Jamais
mieux qu'au terme des quatre derniers
siècles de son histoire,
l'homme occidental ne put-il comprendre
qu'en s'arrogeant le droit de séparer
radicalement l'humanité de
l'animalité, en accordant
à l'une tout ce qu'il retirait
à l'autre, il ouvrait un
cycle maudit, et que la même
frontière, constamment reculée,
servirait à écarter
des hommes d'autres hommes, et à
revendiquer au profit de minorités
toujours plus restreintes le privilège
d'un humanisme corrompu aussitôt
né pour avoir emprunté
à l'amour-propre son principe
et sa notion.» ( Anthropologie
structurale - 1958).
«... le respect que nous souhaitons
obtenir de l'homme envers ses pareils
n'est qu'un cas particulier du respect
qu'il devrait ressentir pour toutes
les formes de la vie. En ce siècle
où l’homme s’acharne
à détruire d’innombrables
formes vivantes, après tant
de siècles dont la richesse
et la diversité constituaient
de temps immémorial, le plus
clair de son patrimoine, jamais
sans doute, il n’a été
plus nécessaire de dire,
comme le font les mythes, qu’un
humanisme bien ordonné, ne
commence pas par soi-même,
mais place le monde avant la vie,
la vie avant l’homme, le respect
des autres avant l’amour-propre."
(L'Origine des manières de
table - 1968)
" Il raconte ainsi la naissance
de la terre, l’union de Dieu
(Amma) et de cette dernière,
et la naissance de leur premier
fils, le chacal. Leur union ayant
été contrariée
(le clitoris de la terre s’étant
élevé contre le sexe
d’Amma pour l’empêcher
d’entrer en elle), le fruit
de leur rapport a donc prit la forme
de cet animal. Après l’excision
de la terre, l’ordre des choses
fut rétabli, et des génies
jumeaux sont nés (Nommo).
Alors que Dieu modelait un homme
puis sa compagne dans de la glaise,
les Nommo leur donnèrent
une âme double. Ces deux ancêtres
des huit familles Dogon furent circoncis
et excisé afin d’enlever
la part féminine et la part
masculine qui était en eux.
En effet, la vie des hommes ne pouvait
s’accommoder de ces êtres
doubles. A partir de là,
ils purent s’accoupler et
enfanter.
Avant cela, le chacal était
seul et il n’y avait pas d’autre
femme que sa mère sur la
terre. Prit d’un désir
incestueux, il s’accoupla
avec elle, bouleversant une fois
encore l’ordre du monde, et
ce rapport fut lourd de conséquences.
Tout d’abord, il dota le chacal
de la parole, qui pu ainsi révéler
aux devins les desseins de Dieu
(les Dogon tracent des tableaux
à la tombée de la
nuit et y dessinent des symboles
qui représentent les questions
que ces derniers se posent. Attiré
par un appât, le chacal y
laisse des traces nocturnes que
les hommes interprètent au
lever du jour).
Mais il fut également à
l’origine des menstruations
féminines, l’état
de la terre étant devenu
impur.
Nous pouvons ainsi comprendre que
le monde historique s’est
modelé à partir de
ces créations ratées,
que les êtres mythiques ont
recommencées par l’intermédiaire
de la parole créatrice. Si
Amma a crée un homme puis
une femme, c’est avant tout
pour qu’il ne soit pas seul
comme son premier fils (le chacal),
et ainsi tenté d’avoir
avec sa mère des rapports
contre nature. Au fil du récit,
la manière dont le monde
a été créé
dévoile petit à petit
les grands axes de la pensée
symbolique Dogon, ainsi que les
correspondances avec les choses
terrestres : prépondérance
de l’eau, symboliques des
chiffres de un à huit, classification
des animaux, agencement des parties
du corps, architecture des greniers…"
résumé de Dieu d'eau http://inton.over-blog.com/article-865229.html