Revenir en Haut hypnotique



 I 

La création à l’humanité
ou de vous à moi
à haute voix :


Vous voudriez une histoire
qui fasse parler d’EL,
de sa voix mélodieuse et vivante,
une histoire à dormir debout,
où les mots et les rythmes qui composent
ses phrases et ses entrailles
appellent le rêve à l’esprit et la réalité à la vérité,
avec force imagination et volonté ?
Une histoire donc.
Alors veuillez me suivre...



— Ici, oui, je le vois à l’endroit où tu te trouves, juste au milieu de cette porte d’entrée.
Et voilà qu’il disparaît, volatilisé, en un souffle clin d’œil, éclipsé.
Tu n’as pu le voir car il était au dedans de toi. 1



— Mais de qui parles-tu ?



— Du même individu que l’on a croisé hier soir alors que nous étions assis sur le bord de mer.


— Ah oui ! Et de quoi a-t-il donc l’air ?


— Oh ! d’une sorte d’ombre double fantomatique... 2


— Un esprit maléfique ?


— Non cela ressemble plutôt à quelque chose d’autre.
Il s’en est encore allé de la même façon, furtive et mystérieuse…



— Moi je n’ai vu personne la nuit dernière. Nous avons simplement discuté en toute amitié
sous le clair de lune, en flânant sur le reflet des flots et les étoiles au loin…



— Tu ne t’en rappelles vraiment pas ou tu te moques de moi, non mais sérieusement dis, car
il s’est approché de nous tout en restant dans la pénombre, a murmuré bonsoir.
Sa voix en disait tellement long qu’au début, je ne pouvais pas à y croire.
Mais lorsque j’ai regardé au-dessus de ce qui semblait sa bouche,
j’ai vu des yeux sombres scintiller sur son visage absent.



— Et tu ne sais pas qui c’est ?



— Non, mais j’ai souvent entendu Pa Ocham parler à propos d’un légendaire et vieux
bonhomme se promenant les nuits de pleine lune dans la forêt et sur la plage.
Il chasse à ce qu’il paraît en compagnie d’un chat huant grand échassier.
Le rapace lui ramène les proies tout en chantant dans les ténèbres.
On ne sait pas trop où il habite. Peut-être le palais hanté. 3


—- Celui qui se situe sur la montagne Amal ?


— Oui celui-là même. Du village, seul le dôme de la tour émerge de la canopée.
Le reste du bâtiment semble étouffé sous la végétation.
Tu n’y as jamais été par hasard ?


— Tu sais très bien que cette partie de la colline est interdite depuis des lustres.
Toutes sortes d’histoires extraordinaires circulent autour de cette édifice.
D’ailleurs la jungle y est si exubérante qu’elle en est impraticable.
Sans être lâche, le lieu ne me dit franchement rien qui vaille.


— Moi, l’aventure me tente bien et il doit sûrement y avoir un chemin d’accès !
Mais je me demande quel est cet homme ?
Qui est ton nom ? 4




k 2000


 NOTA BENE 

mise à jour 11 09 16

• 1  Dieu demande à Adam dans le livre de la Genèse 3,9 « Où es-tu ?» et Saint Augustin de répondre dans ses Confessions, X, 27 « J’étais dehors et toi, tu étais dedans.»
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• 2  Le chaman « se sert encore d’expressions imagées; «homme» se dit tanssaq et cela signifie : «une chose qui ressemble à son ombre». S’il parle de lui-même, le chaman se désigne par ce mot hermétique : tahtarhrayog («celui qui se tient caché»).» M. MERCIER, Chamanisme et chamans, p. 120, Editions Dangles, 1987.

« L’activité propre du poète n’est pas de faire naître en lui des fantômes
pour les enfermer dans les mots, mais de faire éclater les fantômes
que le mot tient en lui enfermés.
Elle n’est qu’une certaine façon de désigner
qui suscite la présence de ce qu’elle désigne.»

T. MAULNIER, Introduction à la poésie française, 1939.

« Homme à l’ombre légère, dis-moi, cette nuit, qu’as-tu vu ? »
T. ANGELOPOULOS, L’éternité et un jour, 1998. (film)

« Marchons, suis-moi, précède-moi, ne parle pas… Pourquoi n’es-tu pas muet, belle ombre ?… Environne-moi, hâtons-nous ensemble vers la fin du songe, mais ne me parle pas. » COLETTE, L’Entrave, 1913.
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• 3   « Quelqu’un que l’on ne voit pas
Est là-bas
Dans la maison qu’on ignore;
Et cet inconnu bénit
Notre nid,
Et sa fenêtre est l’aurore. »

V. HUGO, La Fin de Satan, Satan dans la nuit, Hors de la terre III, 1886.
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• 4  « Un petit garçon, dit encore Stefansson, naquit dans cette maison
peu avant la mort de son oncle. Après le décès de celui-ci,
le bébé devient très agité, et il ne recouvra le repos
que lorsqu’il eut reçu le nom de son oncle.
On le lui donna pour deuxième nom, et il se calma aussitôt.
C’était pour avoir ce nom qu’il pleurait. […]
Interrogées par moi, toutes les personnes de la maison, au nombre de trois,
s’accordèrent à dire que non seulement l’enfant voulait le nom,
mais que « selon toute probabilité » le nom n’était pas moins désireux
d’entrer dans l’enfant; ils semblent se représenter le nom comme un être.»

L. LEVY-BRUHL, L’âme primitive, p. 413, 1927.

→ C’est pour cela que l’on demande : Qui est ton nom ?

« Quand le Mystérieux des Mystérieux désira se manifester, Il produisit un simple point, qui fut transmué en Pensée, et, en cette Pensée, Il exécuta d’innombrables esquisses et burina d’innombrables gravures. Puis Il fit jaillir la sainte Etincelle, d’une esquisse très mystérieuse et très sacrée, et elle fut une oeuvre de merveille, issue du meilleur de la pensée. Elle fut appelée MI, et constitua l’origine de l’oeuvre, existant et n’existant pas , profondément ensevelie, inconnaissable» [...]. Elle fut simplement désignée par «qui?» (MI). Elle désira pourtant se manifester et être «appelée» [...]. Elle se revêtit donc d’un précieux vêtement de Splendeur (Zohar) et créa Eleh, qui fut son Nom. Les lettres des deux mots Mi et Eleh se mêlèrent alors pour former le nom complet Elohim...»
(Zohar, I, 1-2). M. DE SMEDT, 50 techniques de méditation, p. 57, Le Grand Livre du Mois, 1996.

« Si mes mots n’ont pu même dire
Ton nom, Souffle, nourri d’absence,
Dans la ruine je n’eus qu’un bien
Nier le nom dans ta présence.»

P-J. JOUVE, La Vierge de Paris, Librairie Universelle de France, 1946.

« Si l’on se voit soi-même devenir lui, on se tient pour une image de lui.»
PLOTIN (204-270 ap. J-C).

« Quand deux personnes se parlent, il y en a toujours une troisième qui meurt.»
F. NIETZSCHE.
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