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 VI 

Noctambules anonymes traversant le village embrouillé dans un nuage,
l’atmosphère ambiante étouffant même les pas et les pensées de chacun,
Solham’dyr et Béati’bo, main dans la main, suivent Almokyo qui, entêté, avance
sans prendre la peine de vérifier si les deux jeunes gens ne se sont pas volatilisés.


A l’approche du grand arbre voyageur, le groupe poursuit le chemin qui s’en éloigne,
non pas en direction du cimetière, près de la plage, mais plutôt en sens opposé
vers le front dégarni de la jungle, bruyante de tous ses bruits indigènes,
et au voisinage de laquelle des habitations et des jardins potagers
égrènent encore une présence humaine, un repère familier.


Mais lorsque les trois personnages franchissent l’espace enclos d’une vieille baraque,
en se faufilant par une trace entre les murs en ruines et les hautes broussailles,
la moite rumeur tropicale se faisant oppressante et partout omniprésente,
ils se retrouvent, au détour d’un paravent laqué envahi de ronces,
face à un passage dans la biomasse qui les conduit pas à pas
et recouvre peu à peu la vue du firmament à leurs yeux.


Ils sont déjà en plein dans la forêt et continuent à marcher.


Le sentier s’insinue entre les colonnes arboricoles et les végétations.


Dans la pénombre fouillée, Solham’dyr remarque que le Bucãli se guide grâce à
des pierres dressées çà et là, de façon intentionnelle et discrète.


— Sais-tu où tu nous mènes ? lui demande-t-il, rompant le silence
qu’ils observent depuis le départ de la taverne.
Ou peut-être est-ce une surprise...


— Attends-toi à bien plus que cela, lui répond Almokyo d’une voix machiavélique.
Nous allons prendre de l’aval vers l’amont La Ravine d’où arriva l’Eau.
La rivière rejoint la mer via l’embarcadère jusqu’au vieux phare.


Tandis qu’elle grimpe un monticule un peu plus escarpé,
Béati’bo glisse sur une pierre couverte de mousse imbibée.
Elle manque de perdre l’équilibre et de tomber en contrebas,
mais c’est sans compter sur la main de Solham’dyr qui ne lâche pas.


Malgré l’obscurité, elle distingue toujours sa silhouette et ce qui la rassure surtout,
c’est la lueur humide et étincelante de ses yeux de braise pleins de passion.


Et elle remonte à ses côtés dans l’élan qui la tire vers lui.


Le Bucãli ne peut s’empêcher de lui dire :
— La demoiselle aurait-elle les jambes qui flanchent ?


De bonne guerre, Béati’bo lui rétorque aisni :
— Auparavant, il est vrai que le chat était un bel amant.
Par caresse, ma main était-elle aussi souillée de son sang.
Et cette roche sous mon pied s’est dérobée, mais je suis certaine
que la poigne qui m’a retenue est beaucoup plus vigoureuse que la tienne.


— Ô envie d’amour divin ! avoue-t-elle enfin avec un innocent sourire content,
la tête en arrière, à voir par une trouée de la voûte forestière,
un bout de ciel pur profondément obscur.


Béati’bo sent que devant elle, Almokyo déglutit sans broncher, estomaqué,
la coulée de paroles qu’elle lui balance perturbe son corps asexué,
libido, désir et pulsion humaines le tenaillent au bas ventre,
sans qu’il puisse s’exprimer, impuissance de l’ange.


Almokyo Bucãli souffre et son oeil en pleure l’absence, affreux non-sens.


Et Béa de rajouter :
— Ingénue que cette vierge petite pute dois-tu penser.
Mais toi, ange déchu, moi nue te ferait encore plus mal.
Pleurs donc si tu ne peux jouir. Ton oeil bandé peut-être...


— Cesse cela je te prie, lâche dans un spasme, entre deux larmes de douleur,
le Bucãli qui croit devenir complètement fou.


Il s’en retourne, non sans grimace, à la poursuite de la piste.
Il ne faut plus penser à cette garce, oublier les gros mots proférés
de cette sadique et candide salope qui s’amuse du fouet comme d’un jouet. 1


Almokyo retrouve son sang froid, sa raison et la trace aux pierres érigées.


Solham’dyr et Béati’bo gardent silence, complices.


Au détour du feuillage des palmiers, des lianes, des racines et des troncs,
et après être passés entre deux arbres accolés, ils débouchent
dans le lit encaissé de La Ravine d’où arriva l’Eau.


De quelques brassées de large, dégringolant une pente de pierres, de galets et de terre
façonnée en ligne de cascade torrentielle lors des grosses pluies et des crues,
la rivière assoiffée ne déverse, pour le moment, qu’un mince filet d’eau.


Et comme preuve de son écoulement ne donne-t-elle à entendre aux deux jeunes gens
que le mourmoure limpide et tranquille de son cours. 2


— Attention à ne pas manquer la marche, prévient Almokyo.
Suivez bien l’emplacement et la cadence de mes pas.
Ne vous laissez pas surprendre par le vertige.
Il faut accéder à la source maintenant.


Tout en montant, gravissant et escaladant la colline, le trio processionnel laisse le brouhaha
de la forêt envahissante faire écho dans le petit ravin quasiment à sec.


De temps à autre, entre deux pas, Solham’dyr lève la tête vers le ciel camouflé ici et là
par la canopée et les nuages sous la lune qui, elle, resplendit, précieuse
et pleine au-dessus de l’île, dans l’immensité de la nuit.


Sans s’arrêter, il repère sur le grand tableau noir la position des étoiles.


— Direction plein Nord, se dit-il en aidant Béati’bo à surmonter un obstacle.


Ils se frôlent et elle passe devant lui.


Solham’dyr pensif s’avoue :
— Nous sommes sur la montagne Amal... et nous avançons vers son sommet.


Il relève les yeux sur la silhouette du Bucãli dont il devine l’envie d’élan mystique
capable de lui donner des ailes, à grimper tel un bouquetin diabolique
prêt à franchir d’un bond fantastique l’extrémité du pic.


Solham’dyr se fait ainsi une toute autre opinion et éprouve un sentiment nouveau
à suivre ce bouffon dans l’aventure, un mélange de peur et d’excitation.
Le fils d’Ocham, au cœur de la forêt, est en pleine réflexion.


Dans la pénombre du clair de lune, plus haut sur la montagne, Solham’dyr commence
à distinguer entre minéral et végétal, dans l’alignement vertical de la rivière,
une déchirure dans la masse sombre, un espace vide, ciel dégagé.


— Nous arrivons, balbutie Almokyo, essoufflé.


Sa voix interpelle Solham’dyr et Béati’bo par son intonation particulière,
plus ensorcelée que jamais, signe vocal d’un changement évident d’état.


Et derrière son dos, Almokyo Bucãli cache un signe visible encore plus flagrant ;
son oeil de cyclope est dilaté, turgescent de veines de sang,
allumé d’une flamme fanatique infernale.


Maintenant Solham’dyr croit vraiment deviner des ailes difformes se dessiner
sous la cape qui bouge, ample et ondulante, devant lui, dans une démarche d’aliénée.


Et ces excroissances immatures et déplumées hissent Almokyo davantage,
jusqu’au bout du chemin qui s’ouvre tout à coup en grand.


Au fur et à mesure des derniers pas, le décor dévoile au regard son intimité.
La lune se dégage au-dessus des frondaisons et des branches,
et révèle une place ovale au cœur de la forêt.


Eclairée par la lueur de la lanterne lunaire, la clairière parsemée de blocs de pierres
laisse apparaître toutes sortes d’ombres et de formes insolites et singulières.


Au centre, un arbre à la ramure gigantesque plonge ses racines
dans une mare en cercle qui, à ras bords, fuit d’un côté,
quasiment aux pieds des trois visiteurs arrivés.


Le lieu, empreint d’une étrange réalité, donne le tournis après l’effort de la montée.


Surtout l’arbre...


Très haut perché, très gros, très sombre, il semble abriter au sein de son ventre
une faune flore invisible et inquiétante, grouillante d’une rumeur bizarre
qui recouvre celle environnante et fait écho jusque dans le vallon. 3


Et le murmure de l’eau qui coule s’y mélange en un rythme au langage dégorgé.


Solham’dyr et Béati’bo ne peuvent guère y échapper, ils se laissent aller
à un balancement imperceptible, à l’ivresse escaladée de la cascade.


Almokyo, lui, ne dit rien.


Il vérifie sur le périmètre de la mare la présence de chacun des douze symboles,
des petites statues pétrographiques aux figures hiératiques,
dont le reflet se lit dans l’eau comme dans un miroir.
Elles sont toutes à leur place, sur des points stratégiques,
semblant provenir d’horizons différents plus lointains les uns que les autres.


Et le tout dans l’ensemble et le lieu devient un gnomon d’horloge géant ; où l’axe cosmique
de l’arbre s’élève tel un style d’aiguille sylvestre, au centre de la flaque ronde,
dans une espèce de calendrier à la quadrature du cercle parfaite. 4


Quant à la pleine lune, en libration sur son zénith, elle indique du fait de
l’ombre que fait le tronc, la statue sise à minuit pile. 5


La sculpture de la taille d’un petit homme, pétrifiée dans l’argile rouge,
se tient sur la roche à l’embouchure de la mare et de la ravine,
l’eau à son pied y glisse fluide, sans heurts, s’écoulant
d’un débit de pendule aux gouttes régulières.


Sur les premières marches en dénivelé, le liquide, dans sa chute canalisée,
laisse échapper quelques embruns, vite emportés par le vent et l’air frais.


Solham’dyr, suivant la scène des yeux, découvre derrière eux le panorama qui s’étend
en contrebas et dans le ciel.


La vue sur l’océan est imprenable et les étoiles au firmament indénombrables.


La forêt tropicale se répand partout dans les vallées profondes,
du cœur des terres jusqu’à la côte, en continuant par-delà
d’autres montagnes, aussi nombreuses que les vagues.


Les plages, elles, délimitent le bord de mer de leurs langues désertes
parsemées des touffes de palmiers et des bouts de bois sur le sable blanc.


Le village enfin, au pied du morne, se devine à peine parmi les quelques lueurs qui veillent
au coin des rues entre ses ombres ; la communauté s’endort paisiblement
sur l’agréable soirée insulaire d’un universel monde solitaire.


Tous trois regardent le paysage grandiose ainsi dévoilé, attentifs et contemplatifs
à leur manière ; les yeux sur une pensée vagabonde pour les uns,
pour l’autre, l’œil impatient d’une idée fixe.


Lorsque soudain un son de cloche s’élève dans les airs pour donner l’heure
et les réveille d’un sursaut de surprise ou de soulagement.


Almokyo se retourne vers le pilier dans sa mare aux symboles
et chuchote aux deux autres rêveurs invités :
— Ecoutez-la, elle va chanter…


Solham’dyr et Béati’bo, intrigués, fouillent du regard le feuillage impénétrable,
essayant d’y apercevoir quelque chose ou quelqu’un ici ou là.


Les coups d’horloge se succèdent mesurés et solennels,
le relief du lieu-dit appelle à un drôle d’effet acoustique,
où l’ambiance vibre d’une harmonieuse pulsation extatique.


Puis quand minuit pousse son unique note pour la douzième fois,
le temps se couvre quelque peu, le ciel dans son écho lointain s’assombrit,
la lune et les étoiles semblent atténuer leurs lueurs, s’effacer d’être, disparaître.6


L’arbre, tel un candélabre tentaculaire, impose alors toute sa splendeur,
il semble croître et gonfler en tous sens, englobant tout de sa présence.


Son tronc robuste sonne à l’instar d’une caisse de résonance palpitante,
où la sève substantielle des racines aux rameaux s’écoule
féconde et génératrice de seconde en seconde.


Toute l’énergie de ces veines de feu et de sang dans ce corps trépidant
vont jusqu’à faire trembler l’air d’un soubresaut sismique.


A son tour, c’est le cœur de la forêt qui se met à battre.
Changement de rythme ambiant.


Autre source.
Celle qui précède l’écoulement de La Ravine d’où arriva l’Eau.


Et la ramure luxuriante échevelée de toutes ses feuilles et branches, étoffe sans étouffer
la rumeur croissante et souveraine, elle diffuse et amplifie le battement même
dans toutes ses ramifications et ses multiples floraisons.


L’arbre dans toute son immanence figurée, sa transcendance défigurée,
omniscient symbole métaphysique à l’image entité mythique,
émane et amène à voir un autre espace temps.


L’appréhension s’en fait sentir.


Solham’dyr, Béati’bo et Almokyo, côte à côte, tous pleinement concentrés
sur la scène qui se manifeste devant eux, à mesure que
leur nyctalopie se précise dans l’obscurité,
n’en croient pas leurs yeux. 7


L’apparition nocturne se voit maintenant comme en plein jour.


Et les observe aussi.


Dans une posture de momie animale, à l’attitude de nature morte,
le corps immobile mais l’âme vive dans tout son être à paraître,
des plumes aux ailes, des griffes au bec, des yeux à la tête,
alerte et hypnotique et en plein délire mystique.


Soudain la chouette chante.
Elle hulule, hioque et hue.


Le chuintement s’égosille et se propage partout dans le milieu alentour,
le champ d’ondes ainsi développé rencontre sur sa trajectoire l’obstacle
des trois étrangers qui écoutent, captés, ce qu’ils pensent avoir déniché.


Tel un génie sur son trône, l’hibou ibis au faciès simiesque parle sur son nid perché.
Son chant farouchement charmant cingle à la face du monde avoisinant.


Alors des racines de l’air et de la terre se dégagent l’évocation surnaturelle des morts,
l’essence sacrée des esprits ancestraux, engendrée par l’arbre portail archétypal,
un yoni omphalos totémique, à la hiérarchie d’immortalité généalogique,
en perpétuelle régénération organique, transsubstantiation magique. 8


Quant à Solham’dyr et Béati’bo, charmés par le rythme soporifique, ils oscillent subtilement
d’avant en arrière sans vraiment tout comprendre mais bels et biens conscients.


Le rapace psychopompe discute entre temps avec l’hypocrite et psychopathe Almokyo Bucãli,
dont l’oeil démesuré et exorbité, aux paupières et à la peau décalottées
s’ouvre sur l’odieuse perspective d’une immonde vision.
Amorale compréhension paranormale.9


Et l’hermétique message du fantastique strix, oracle clairvoyant dans les ténèbres,
lui fait savoir que les coupables sont condamnés, sans rémission des péchés. 10


La sentence agit en connaissance de cause ; Béati’bo victime de son acte délictueux,
un délice interdit amant et maternel envers le chat sacrifié, se sait être jugée,
et appréhende passive, enchaînée ensorcelée, son propre dénouement,
à se dire pour ultime prière ce petit vers : Oh mon âme enfant !


Le chat-huant déploie donc ses ailes, s’élance telle une fronde foudroyante,
vers la forme féminine entre les deux autres formes impassibles.


Ses pattes et plumes battent la mesure de l’arrêt de mort de Béa,
qui, tétanisée comme subjuguée ne peut guère y échapper,
s’attend à être lacérée en sang entre ces serres,
happée par le bec béant près à l’avaler.


La bête fond dessus et l’empale de tout son corps en flèche,
lui déchirant l’habit couleur ciel sombre qu’elle porte,
la serrant entre ses griffes aux ergots aiguisés,
l’arrachant du sol d’un superbe envol.


La chouette et sa proie s’éloignent et s’éclipsent en un clin d’oeil fulgurant
dans le noir inconnu, vers un horizon parallèle à la vie à la mort,
pour un voyage tout à la fois sensationnel et cruel.


Ce monde ravisseur paraît tout près, à portée d’une émotion, d’une approche,
extatique et révélatrice, communicable et tangible.


La robe de Béati’bo flotte elle quelques instants ralentis en apesanteur
dans l’atmosphère chargée de tension dramatique en suspens, puis retombe
dans un froissement d’épaules déshabillées sur la surface miroitante de la mare.


Le linge s’étale ainsi de tous ses bleus lambeaux sur le reflet nu et inerte de l’eau,
jusqu’à disparaître et se mêler dessous ses imperceptibles flots. 11


Un silence de plomb plane sur toute la place.


De leurs côtés, Solham’dyr, fils d’Ocham et Almokyo Bucãli, fils de chien,
stupéfaits par l’exécution sauvage et l’ascension en vol de Béa,
restent là à ne pouvoir bouger, demeurant prisonniers
du paysage onirique sous ambiance tragique.


La suite se fait attendre, insoutenable, si ce n’est l’écoulement de La Ravine d’où arriva l’Eau.


Sa fluidité devient plus fraîche, elle chante imperturbable et vagabonde
sur son fil à la ligne tracée de roches et de brèches, pour arriver,
via la terre et la forêt, à la vaste étendue infinie de l’océan.


Tandis que l’eau coule, le Bucãli, du fruit de ses entrailles est béni
du succès de sa mission accomplie, d’avoir amené et livré au lieu-dit
l’innocente du sacrilège coupable et sur le point d’exploser ainsi d’extase
tant la satisfaction qu’il soutire de la situation lui semble belle et bien justifié.


Béatitude égoïste et excès de grâce dans l’ignoble excroissance de sa tête.


Il ne peut plus rien faire pour Béati’bo.


Emoustillé, Almokyo renchérit :
— A poil, elle sera punit...
Et songeur lubrique insatiable :
— Elle doit être splendide !


Solham’dyr pour sa part ne peut guère répondre, encore sous état de choc,
sous anesthésie, à ne pas savoir comment réagir.
Mais quoi dire au fait ?


L’envoûtement le tenaille dans sa vision, enchaîne sa pensée aux crochets de l’oiseau.
Le regard profondément hallucinant de l’animal l’obnubile et l’obsède,
se fixe en phosphène sur sa rétine, s’imprime indélébile.
L’image traumatisante ne veut plus le quitter des yeux.
Et le souffle de ces ailes lui siffle sans cesse de plus en plus loin,
et de plus en plus fin, du creux de ses oreilles jusqu’au tréfonds de son crâne.


Puis par une envie irrépressible de retrouver sa voix,
comme un réflexe de la parole, il s’avoue et se demande enfin tout haut :
— Oui…mais qui est-elle cette sorcière à plumes pour enlever une jeune fille ainsi ?


— Tu ne devines pas, se vante l’insolent Almokyo.
Elle est l’impartiale et féroce messagère de la mort...


— Au service d’un autre alors, celui qui habite le palais hanté !…


Interloqué et moins malin, le Bucãli, blêmissant d’une peur tabou, se fait une raison :
— Ocham te l’a donc dit... il n’a pu s’empêcher ! Il est bien trop bavard, il faudra que je le...


— Quoi, pourquoi, qui est ce personnage et son nom ? Que vient-il faire dans l’histoire ?
Parle fou, ordonne Solham’dyr, retrouvant toute son intelligence,
énervé mais plus lucide et rusé que jamais.


Almokyo Bucãli ne peut que promettre :
— Tu veux savoir... Tu sauras.


Le temps venu, le temps voulu, l’espace du lieu laissant passer le temps mis à nu,
Almokyo se décide à continuer la route, amener Solham’dyr à qui saura.


Au moment de partir, leurs corps paralysés se décrispent peu à peu et Solham’dyr,
de retour de son expérience traumatique, ressent au premier geste qu’il fait,
un vertige au sommet de sa tête, le magnétisme magique vibrionne dans
ses membres aux muscles engourdis lorsqu’ils se mettent en marche.


Ils s’aventurent à présent dans un environnement lugubre oppressant,
dont la perception générale a priori paraît plus sensorielle,
quelque chose d’ineffable a changé, impalpable.
Un truc de travers rode dans l’air.


Le Bucãli empruntant une trace entre les herbes et les fougères,
ils longent par la tangente la singulière horloge, à minuit passé,
où l’arbre monumental dans le marécage s’est à nouveau peuplé
d’une multitude d’hôtes bêtes et de bruits en pleine cacophonie.


Ils contournent quelques unes des douze statues qui, rassemblées et concentrées
dans leur rôle cultuel immémorial, se tiennent dans une position patiente,
d’attente d’un mouvement instantané toujours et déjà effectué.


Chaque figure semble s’inscrire, l’une après l’autre, dans la durée,
au moment de son passage à l’acte, à une heure, minute, seconde près
pour accomplir le travail du temps et continuer le dessein du grand œuvre.


— Images atemporelles, pense Solham’dyr en passant à côté d’elles,
ses yeux émerveillés par un de ces visages de pierre
surréaliste au beau milieu de la forêt.


Et s’infiltrant pas à pas dans la sombre végétation luxuriante,
Solham’dyr accompagne Almokyo dont le cœur palpite
de veines rouges vives, dans son oeil apeuré.


— Est-il vraiment raisonnable de l’emmener au palais hanté ? hésite-t-il, impuissant.

Il doit décider au plus vite car bientôt il sera trop tard.
Il doit peut-être le tuer.


Il faut déjà qu’il se venge du soi-disant père qui l’a déshonoré
il y a longtemps et qui continue encore maintenant.
Alors pourquoi pas le fils tout de suite !


Solham’dyr, lui, est déboussolé, déchiré par l’enlèvement de Béati’bo,
son chagrin même le bâillonne de ne pas pouvoir pleurer sa perte
tandis que son esprit tourbillonne à rendre fou dans sa tête,
d’une force qui le mène vers son destin et le lui projette.


Tiraillé entre ses états d’âme spirituels et son cœur amoureux,
les yeux dans un vague qui le porte, il distingue droit devant eux,
camouflé dans un coin, dans la pénombre effeuillée du clair de lune,
un portique délimité par deux troncs d’arbres qui lui paraît bien familier.


— Là-bas, c’est le passage par où est apparu l’individu ! pense-t-il surpris tout haut.


Almokyo s’arrête, panique effrayé, et d’un geste de cape et d’oeil tourmentés,
se retourne vers Solham’dyr et laisse entendre, la gorge nouée :
— Ne me dis pas que tu en as aussi passé la porte ?


— Si juste une fois, mais alors je n’ai rien vu...


— Non, tu ne peux l’avoir traversé, répond le monstre, hagard et débile.

Puis inquiété par peur de sa propre erreur :
— Ou alors tu es déjà mort...


— Non je ne suis pas mort, rassure Solham’dyr qui dévisage l’ancien prophète balafré,
et le soupçonne d’être sur le point de jouer son rôle de meurtrier :
— Tu peux toujours me tuer, mais lui, je l’ai bel et bien vu
et j’ai l’intention de le voir à nouveau.


Le Bucãli ne sait plus quoi dire, désespéré, aphone et lâche, tremblant de tous ses organes,
son corps malade et déplumé lui intime pourtant l’ordre de réagir.
Action réaction, d’être oui non destruction.


Désemparé et abandonné à lui-même, Almokyo Bucãli d’une manière irréfléchie,
sort de sous sa cape une lame fine longue comme une faux au scalpel tranchant.


Solham’dyr, devançant la préméditation sanguinaire de l’ange fou, recule
afin d’anticiper le coup à venir et tenter de l’éviter.
Il est près à bondir pour se défendre.


L’épée dégainée, toute ensanglantée, luit en reflets argentés à la lune.
Immobile et menaçante, pouvant à tout moment se faire agile et violente.
La tension entre les deux hommes creuse une tranchée de combat prêt à l’assaut.


La foule de la faune alentour semble même être en état d’alerte,
elle contemple la scène et pressent son acte inéluctable.


Tout à coup, arrivant de nul part, la chouette surgit sans un bruit,
les yeux de son masque ouverts sur le dos de Solham’dyr en contrebas,
elle déboule face à Almokyo, encore indécis et stupéfait lorsqu’il l’aperçoit.


Il se décide enfin, éperdu et affolé, parcourt la distance qui le sépare du fils d’Ocham
mais son attaque ne porte que dans le vide.
Trop tard.


Plus rapide, la chimère chauve-souris soulève d’une hauteur d’homme Solham’dyr,
l’agrippant par les épaules d’une force animale et volatile surhumaine.


L’oiseau de proie à l’envergure démesurée bat des ailes sans lâcher prise,
passe outre l’imbécile précipité dans son geste manqué et sa chute,
va et atteint de son vol majestueux la porte des deux arbres,
y plonge, s’engouffre, s’efface, s’y dissout, sans un cri.


Almokyo Bucãli, à genoux, vaincu, dépité et l’oeil voilé d’une cataracte éclair,
dans son malheur déshonneur et sa faute en fuite à l’éternelle défaite,
ne peut empêcher les larmes de couler et de lui monter au nez.


Honteuses, lamentables et rouges sang, elles dégringolent dans les rigoles,
parmi les rides et les remords gravés de son horrible visage pâle et mortifié.
Il en pleure du fiel empoisonné, des gouttes stériles et des paroles déchantées
qui vont, vaines dans leur abondance, vers sa bouche en sanglots, à l’asphyxier.
Flot de jouissance avortée... 12


Lui maudit méchant dupé et les autres disparus envolés,
le monde se retrouve seul sur l’île à vivre et rêver…




Au loin, à l’orée orientale de la nuit et du ciel, l’aube se lève de l’océan.


Au village, à travers les premières lueurs matinales, le coq d’Almokyo,
planté sur son poulailler, se réveille d’un sommeil très agité,
cligne d’un oeil puis de l’autre, ébroue ses plumes,
ouvre son bec et cocoricote un coup. 13


A portée de là, au sommet d’un baobab du cimetière, la chouette l’observe aussi.
Elle s’élance et crie.




k 2000


 NOTA BENE 

mise à jour 22 10 16

• 1   O fouet, je ne suis pas si fou, cesse donc de me fouetter avec ta verge d'hêtre.
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• 2   murmure : XIIe s. latin murmur « grondement » / mourmoure onomatopique.
::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::

• 3   « Déjà délivrant son essence 265
De sagesse et d’illusions,
Tout l’Arbre de la Connaissance
Echevelé de visions
Agitait son grand corps qui plonge
Au soleil, et suce le songe !
Arbre, grand Arbre, Ombre des Cieux,
Irrésistible Arbre des arbres […]
O Chanteur, ô secret buveur… 281
Berceau du reptile rêveur 283
Qui jeta l’Eve en rêveries,
Grand Etre agité de savoir […]
Et de la tombe jusqu’au nid 293
Te sentir toute Connaissance !»

P. VALERY, Charmes, Ebauche d’un serpent, 1926.

« Ferme soutien de l’univers, lien de toutes choses,
support de toute la terre habitée, entrelacement cosmique,
comprenant en soi toute la bigarrure de la nature humaine.
Fixé par les clous invisibles de l’Esprit,
pour ne pas vaciller dans son ajustement au divin,
touchant le ciel du sommet de sa tête, affermissant la terre de ses pieds,
et, dans l’espace intermédiaire, embrassant l’atmosphère entière
de ses mains incommensurables.»

LE PSEUDO CHRYSOSTOME.

« Au nombril du monde se dresse un arbre florissant à huit branches…
La couronne de l’arbre répand un liquide divin d’un jaune écumant.
Quand les passants en boivent, leur fatigue se dissipe et leur faim disparaît…
Quand le premier homme, à son apparition dans le monde, désira savoir pourquoi il était là, il se rendit près de cet arbre gigantesque dont la cime traverse le ciel…
Il vit alors, dans le tronc de l’arbre merveilleux…
une cavité où se montra jusqu’à la ceinture une femme qui lui fit savoir qu’il était venu au monde pour être l’ancêtre du genre humain.»

Tradition Yakoute.
::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::

• 4   gnomon : « Instrument de mesure, utilisé dans l’Antiquité, pour mesurer, d’après l’ombre mobile et portée d’un style - poinçon servant à écrire sur des tablettes - , sur un écran, les variations de longueur et de hauteur d’un objet. Il suit, par exemple, les mouvements du soleil et indique, en conséquence, l’heure ; de là, les cadrans solaires.
- Cadran > être carré - Le gnomon était connu des Chinois, des Egyptiens, des Indiens d’Amérique centrale.
Il fut à l’origine des premières découvertes de l’astronomie.
Il symbolise tout instrument de mesure qui permet de percer les secrets du temps et de l’espace, d’accéder à la connaissance, en projetant les images des mouvements et des positions et en permettant de les traduire en chiffres…»

A. GHEERBRANT, J. CHEVALIER, Dictionnaire des Symboles, Bouquins, 1997, p. 480.

- la quadrature du cercle : la construction à la règle et au compas d'un carré ayant même surface qu'un cercle est impossible.

- quadrature en astronomie : position de la Lune ou d'une planète au moment où sa distance angulaire par rapport au Soleil est de 90°.
::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::

• 5   libration : balancement apparent de la Lune.

zénith : corruption, mauvaise lecture de l’arabe samt, semt, signifiant proprement
« chemin droit », « point vertical ».
Dans l’expression samt-ar-râs, « chemin en-dessus de la tête ».
Rechercher aussi dans azimut, « direction ou cercle vertical mené par un point qu’on
considère », venant de l’arabe, simt, « le chemin ».
::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::

• 6   Minuit, c'est l'entrée et la sortie de l'infini.
Lumière éteinte, rumeur du silence épanouit.
L'éternité se mesure en coups de cloche.
Douze étincelles qui allument de leurs feux, les étoiles de nos rêves.
Le Temps semble faire une pause, le néant le surprend
et lui prend sa place juste un instant.
Et les étranges et impitoyables sentinelles de la vie,
alertées par la lueur sombre qui s'installe empêchent
son soleil de briller à tout jamais.
Chassé à coups de conscience, Minuit s'enfuit dans son royaume.
Une visite éclair, attendue par les fous dans les rues,
errant sans fin à sa poursuite
et qui lorsqu'elle est prise,
leur fait échapper un cri.
Cri noir comme la nuit autour, hurlant comme l'espace,
rêveur et seul comme un ange malade et chut.


« Aussi prenons-nous patience, nous les Anciens, nous qui savons la lune et les étoiles, et le grand arbre du monde : patience, patience, dans l'attente que Dawa reprenne son tambour...» 
S. SCHWARZ-BART, Ti Jean L’horizon, 1979.
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• 7   nyctalope : personne ou animal qui a la faculté anormale de distinguer les objets sous une faible lumière ou pendant la nuit.
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• 8   Et les arbres grandioses s'enrichissent des cadavres qui sont à leurs pieds. Ils sont les totems d'un immense cimetière.

yoni : mot sanscrit, symbole de la vulve et de son énergie féminine.
Sexe Mater de la Déesse. Voir Kali, Shakti… / Accouplé au linga de Shiva, phallus…

omphalos : nombril, « l’abîme du noyau » de Goethe.
Centre, axis mundi, mandala…

organique : « veine jugulaire » au nombre de quatre le long du cou.
jugulaire = jugulum, gorge.

transsubstantiation : changement complet d'une substance à une autre. Voir eucharistie.
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• 9   psychopompe : celui qui conduit les morts et pèse les âmes le jour du Jugement Dernier. Conducteur des âmes des morts, épithète appliqué à Apollon, Hermès, Thôt, Orphée...
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• 10   la stryge ou le strix : nom générique de divers rapaces nocturnes.
La strige, vampire tenant de la femme et de la chienne.
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• 11   Lire la mort d’Ophélie dans Hamlet de W. SHAKESPEARE, acte IV, scène VII.

« Je vais te dire un grand secret Le temps c’est toi
Le temps est femme Il a
Besoin qu’on le courtise et qu’on s’asseye
A ses pieds le temps comme une robe à défaire
Le temps comme une chevelure sans fin
Peignée
Un miroir que le souffle embue et désembue
Le temps c’est toi qui dors à l’aube où je m’éveille…»

ARAGON, Elsa, 1959.
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• 12   « Je l'aime ! - Nuit, cachot sépulcral, mort vivante,
Ombre que mon sanglot ténébreux épouvante,
Solitudes du mal où fuit le grand puni,
Glaciers démesurés de l'hiver infini,
O flots du noir chaos qui m'avez vu proscrire,
Désespoir dont j'entends le sombre éclat de rire,
Vide où s'évanouit l'être, le temps, le lieu,
Gouffres profonds, enfers, abîmes; j'aime Dieu.
Je l'aime. C'est fini. - Lumière; fiancée
De tout esprit; soleil! feu de toute pensée;
Vie! où donc êtes-vous; Je vous cherche. O tourment !
La création vit dans l'éblouissement;
O regard éclatant de l'aube idolâtrée,
Rayon dont la nature est toute pénétrée!
Les fleuves sont joyeux dans l'herbe; l'horizon
Resplendit; le vent court; des fleurs plein le gazon,
Des oiseaux, des oiseaux, et des oiseaux encore;
Tout cela chante, rit, aime, inondé d'aurore;
Le tigre dit : et moi! je veux ma part du ciel! -
L'aube dore le tigre et l'offre à l'Eternel.

Moi seul je reste affreux ! Hélas, rien n'est immonde.
Moi seul, je suis la honte et la tache du monde.
Ma laideur, vague effroi des astres soucieux,
Perce à travers ma nuit et va salir les cieux.
Je ne vois rien, étant maudit; mais dans l'espace
J'entends, j'entends dans l'eau qui fuit, dans l'air qui passe,
J'entends dans l'univers ce murmure : va-t'en!
Le porc dit au fumier : je méprise Satan.
Je sens la nuit penser que je la déshonore.
Le tourbillonnement du grand souffle sonore,
Le vent du matin, libre et lâché dans le ciel,
Evite mon front morne et pestilentiel.

Jadis, ce jour levant, cette lueur candide,
C'était moi. – Moi ! - J'étais l'archange au front splendide,
La prunelle de feu de l'azur rayonnant,
Dorant le ciel, la vie et l'homme; maintenant
Je suis l'astre hideux qui blanchit l'ossuaire.
Je portais le flambeau, je traîne le suaire;
J'arrive avec la nuit dans ma main; et partout
Où je vais, surgissant derrière moi, debout,
L'hydre immense de l'ombre ouvre ses ailes noires.

Les profonds infinis croisent leurs promontoires.
Tout devant moi, vers qui jadis l'amour vola,
Recule et fuit.

Je fus envieux. Ce fut là
Mon crime. Tout fut dit, et la bouche sublime
Cria : mauvais ! et Dieu me cracha dans l'abîme.

Oh! je l'aime ! c'est là l'horreur, c'est là le feu !
Que vais-je devenir, abîmes; J'aime Dieu!
Je suis damné !»

V. HUGO, La Fin de Satan, Satan dans la nuit, Hors de la terre III, 1886.

« Et je me retourne pour voir ce qui me suit, cette ombre.
Si loin que ma mémoire y plonge, cette mer muette…
rien de cet abîme en moi ne chante,
et je n’entends au loin que la convulsion d’avant le cri,
je n’entends que cette montée en moi, cette accumulation de l’insupportable,
cette croissance qui m’emplit, ce mûrissement noir, qui vient du fond de l’existence,
en vain toujours écarté pour toujours revenir, et je suis là, je fais semblant,
je souris parfois avec cette bouche, pour moi seul amère,
avec laquelle je raconte, je raconte.»

ARAGON, La Mise à mort, 1965.
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• 13   « Monte ! oh pensée d’abîme, monte de ma profondeur !
Je suis ton chant du coq et ta lueur du matin, ver dormeur que tu es :
allons ! debout, debout. Ma voix va t’éveiller, pareille au chant du coq.»

F. NIETZSCHE, Zarathoustra, Le convalescent, 3e partie, 1885.
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