| Kamsa,
fils d’Ugrasena, de la dynastie Bhoja, était
aussi réputé pour être le plus
démoniaque de tous les rois de cette dynastie.
Dès qu’il eut entendu la prophétie
venant du ciel, il saisit Devakî par les cheveux,
et s’apprêtait à la tuer à
la tuer de son sabre quand Vasudeva, étonné
de ce geste, afin d’apaiser son cruel et cynique
beau-frère, voulut le raisonner en ces termes
: « Mon cher beau-frère, mon cher Kamsa,
tu es le plus célèbre roi de la dynastie
Bhoja, et les gens le savent le plus grand des guerriers,
un roi fort vaillant. Comment ton courroux peut-il
être assez fort pour que tu t’apprêtes
maintenant à tuer une femme, de plus ta propre
sœur, en l’heureux jour de son mariage.
Pourquoi être si effrayé de la mort ?
[En effet, Kamsa a appris qu’un des enfants
de sa sœur le tuera un jour]
Elle est déjà venue, à l’instant
même de ta naissance. Tu commenças à
mourir à l’instant même où
tu naquis. Disons que tu aies maintenant vingt-cinq
ans ; tu es donc déjà mort de vingt-cinq
années. En vérité, tu meurs à
chaque instant, à chaque seconde. Pourquoi
tant t’effrayer de la mort ? A la fin elle est
inévitable. Peut-être mourras-tu aujourd’hui,
peut-être dans cent ans, mais tu ne peux échapper
à la mort. Pourquoi en être si troublé
? La mort n’est que l’anéantissement
du corps matériel. Aussitôt que le corps
cesse de fonctionner, qu’il se mêle de
nouveau aux cinq éléments de la nature
matérielle, l’être vivant revêt
un autre corps, déterminé par les actes
de son existence passée et leurs conséquences.
Ce changement de corps s’opère exactement
comme un homme marche dans la rue ; il avance d’un
pas, puis, assuré que son pied repose sur le
sol ferme, soulève l’autre pied. Ainsi,
les corps changent, l’un après l’autre,
et l’âme transmigre. Regarde avec quel
soin la chenille passe d’une branche à
une autre ! De même, l’être vivant
change de corps aussitôt que les agents de deva
de la mort ont décidé de sa prochaine
enveloppe mortelle. Aussi longtemps que l’être
vivant reste conditionné par le monde matériel,
il doit revêtir des corps de matière
l’un après l’autre. Le corps qu’il
occupera dans sa prochaine existence lui est donné
selon les lois de la nature, selon ses actes en cette
vie et leurs conséquences.
« Ce corps ne diffère
en rien des corps que nous voyons dans nos rêves.
Pendantt notre sommeil, nous fabriquons mille corps
fictifs, créés par le mental. Nous avons
déjà vu une montagne et déjà
vu de l’or ; aussi, dans un rêve, combinant
peut-être les deux idées, nous verrons
une montagne d’or. Parfois, en rêve, nous
possédons un corps qui vole dans les airs,
et tout est oublié du vrai corps. De même,
d’une vie à l’autre, les corps
changent ; lorsque l’on obtient un corps nouveau,
on oublie tout du précédent. Nous pouvons,
pendant nos rêves, entrer en contact avec nombre
de corps nouveaux, mais au réveil, tous seront
oubliés. De même, les corps matériels
que nous revêtons sont en fait le produit de
nos activités mentales. Et nous ne pouvons,
à présent, nous souvenir de nos corps
passés.
« Le mental est de nature
fébrile. Il rejette parfois ce qu’il
a accepté un instant auparavant. Accepter et
rejeter, telles sont les fonctions du mental au contact
des cinq objets du plaisir des sens : la forme, le
goût, l’odeur, le son, le tact. Voué
à la spéculation, le mental entre en
contact avec les objets du plaisir des sens, et lorsque
l’être vivant désire un type de
corps particulier, il l’obtient. Le corps est
donc une offrande des lois de la nature matérielle.
L’être vivant accepte un corps et prolonge
son séjour dans l’Univers matériel
pour y jouir ou souffrir, selon la structure du corps
acquis. A moins d’obtenir un corps particulier,
il est impossible pour l’être de jouir
ou de souffrir en ce monde selon les tendances mentales
héritées de sa vie antérieure.
C’est en fait la condition mentale de l’être
à l’instant de mourir qui détermine
le corps particulier qui le sera offert.
« Les planètes lumineuses,
tel le soleil, la lune ou les étoiles, se reflètent
sur la surface de différents liquides - eau,
huile, ghî [beurre clarifié]. Le reflet
se déplace selon le mouvement de ces liquides.
La lune se reflète sur l’eau, et si l’eau
ondule, la lune semblera la suivre : mais il n’en
est rien. De même, par simple création
mentale, l’être obtient différentes
sortes de corps, bien qu’en vérité
il n’ait nul lien avec ces corps. Mais par la
force de l’illusion, par la sorcellerie de mâyâ,
il pense appartenir à un corps d’espèce
particulière. Telles sont les voies de l’existence
conditionnée. Prenons l’exemple d’un
être doté à présent d’une
forme humaine : il croit appartenir à la communauté
humaine, à tel ou tel pays, à telle
ou telle région. Il s’identifie à
ces choses et par là se destine un autre corps,
dont il n’a nul besoin. De telles créations
mentales, de tels désirs, sont à l’origine
de diverses sortes de corps. Le voile de la nature
matérielle est si épais que les êtres
se satisfont du corps qu’ils obtiennent et prennent
grand plaisir en s’identifiant à lui.
Aussi je t’implore de ne pas laisser ton corps
et ton mental t’ensevelir sous leurs injonctions.
»
pages 4
à 6, premier chapitre,
in le livre de Krsna, the baktivedanta book trust
1986
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