En Amour, il
ne faut pas comprendre, il faut perdre connaissance.
La connaissance est une constatation.
Nous portons, nous promenons le doigt de nos sens
sur les divers objets qui nous entourent, nous en poursuivons,
nous en établissons l'image, nous en déterminons
les signes,
nous en dressons le catalogue, nous nous procurons le moyen,
et de les appeler et de nous les rappeler, nous constituons
notre vocabulaire.
Dès lors, nous avons sous la main une petite création
dont nous disposons à volonté
comme un enfant des animaux de son arche. [
]
Nous pouvons imputer à tout, selon notre fantaisie,
la valeur du signe,
mais il faut que notre guide nous conduise vers l'objet que
nous cherchons.
L'image, une fois trouvée à son tour détermine
notre action.
En un mot, il nous faut créer, par la jointure de ses
différents éléments,
la figure, le milieu selon lequel nous sommes aptes à
co-naître.
Le mot, en effet, n'est pas seulement le signe d'un certain
état de notre sensibilité,
il est l'évaluation de l'effort qui nous a été
nécessaire pour le former,
ou plutôt pour nous former en lui
Et de même qu'un vers dans sa mesure uniforme peut renfermer
tous les rythmes
et tous les êtres, de même la création
pourra s'inscrire sur le mètre [vers]
que l'âme constitue.
in Traité de la Co-naissance au
monde et de soi-même de Paul
Claudel
La sens-tu
bien maintenant dans ton sein, la mort de l'amour
et le feu que fait un cur qui s'embrase ?
Voici entre mes bras l'âme qui a un autre sexe et je
suis ton mâle,
Et je sens sous moi passionnément qui abjure, et en
moi le profond dérangement
De la création, comme la Terre
Lorsque l'écume aux lèvres elle produisait la
chose aride,
et que dans un rétrécissement effroyable
Elle faisait sortir sa substance et le repli des monts comme
de la pâte !
Et voici une sécession dans mon cur, et tu es
Ysé, et je me retourne monstrueusement
Vers toi, et tu es Ysé !
in Partage de Midi de Paul
Claudel
 
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Le Traité de la Co-naissance
au monde et de soi-même
de Paul Claudel
(1907) est une longue méditation
sur la façon dont tout ce qui
existe dans l'univers naît en
même temps que ce qu'il connaît
( d'où le jeu de mots co-naître),
puisque ce sont les choses que nous
connaissons qui nous limitent et nous
définissent.
Pour Claudel, la vraie poésie
ne peut ainsi se réaliser qu'en
Dieu.
- Partage de Midi
de Paul Claudel
(1906). drame en trois actes, extrait
acte II.
Claudel estime que l'amour humain crée
dans la conscience la plus fermée
un déchirement par lequel dieu
et la grâce peuvent s'insinuer.
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