"
Ce cri que je viens de lancer est un
rêve."
" Et je veux avec le hiéroglyphe
d'un souffle retrouver
une idée du théâtre
sacré." in Le Théâtre et son
Double-
essai de Antonin
Artaud (1964)
" Tout ce qui a un nom sous la
voûte compacte du ciel, tout ce qui
a un front, - ce qui est le noeud d'un
souffle et la corde d'un frémissement,
tout cela passe dans les girations de
ce feu où se rebroussent les vagues
de la chair même, de cette chair dure
et molle et qui un jour monte comme
le déluge d'un sang." in
Correspondance de la momie / L'ombilic
des Limbes / le Pèse-nerf
- poésie de Antonin
Artaud (1956)
"
Ainsi bakab, pilier énigmatique du monde,
est construit sur le redoublement et
l'inversion de bak lequel revêt (au
moins) sept sens... "
" Mais sous bakab nous entrevoyons
akab dont la sonorité rappelle ak'ab,
la nuit, l'obscurité, qualificatif de
l'écriture. Ce voyage à contresens en
suivant le bak nous permet d'approcher
ce qui caractérise les bakab : piliers
du monde, gardiens énigmatiques de la
petite X-halil - eau originelle, pas
encore versée, êtres inversés dont les
yeux sont ouverts et sortis de leurs
orbites quand ils dorment et fermés
lorsqu' ils sont éveillés. "
" Ecrire la nuit, tel notre Pierrot
lunaire, c'est être poète,
c'est-à-dire le seul écrivain
qui vaille, celui qui ne sait jamais
quel sens se cache sous un mot, celui
qui avance masqué pour mieux
ressembler à celui qu'il chasse.
L'écrivain qui oublie la poésie,
oublie aussi que sous les mots, il existe
d'autre mots encore. En inventant l'alphabet
et l'arbitraire du signe, nous avons
pris le risque de donner un sens unique
aux paroles. "
" Si on suit ma proposition de
considérer l'écriture
comme une manière d'entrer vivant
dans la mort, de descendre au royaume
des morts pour remporter le combat contre
les puissances obscures en devenant
soi-même un maître de l'obscurité,
écrire, être le sujet d'un
texte - mais peut-être aussi écrire
un texte, si on considère le
statut très élevé
des scribes, parfois rois eux-mêmes
- était donc le moyen de transcender
leur condition de mortel. En Occident,
on dirait devenir divin, mais je pense
que la notion de Dieu n'est pas adaptée
au monde maya.
Je préfère employer la
notion de vencêtre, traduction
du maya ik', c'est-à-dire vent
et ancêtre mythique." in
Dossiers de l'Archéologie n°260
(02 2001) L'ECRITURE ses diverses origines-
Michel Boccara
du CNRS - Université de Picardie
-"
Le ntoro, principe qui se trouve dans
chaque individu, est défini par
M.Rattray de la façon suivante.
"C'est la ntoro de l'homme qui,
en se mêlant au mogya de la femme
forme l'enfant, et précisément
de même que la femme lui transmet
son mogya ou son sang, l'homme lui transmet
son ntoro. Ainsi chaque individu des
deux sexes a en lui deux éléments
distincts : le mogya ou sang, et le
ntoro ou esprit... Le ntoro se propage
en ligne masculine aussi longtemps qu'il
y a des mâles, mais il est immédiatement
perdu, dès qu'on arrive à
la ligne féminine."
(Capitaine R.S.Rattray, Ashanti, p36-37)
"
L'élément ntoro, ajoute
M Rattray un peu plus loin, semble souvent
être uni à l'eau, ou à
un liquide comme la salive..., mais
j'indiquerai seulement ici très
rapidement que, lorsque l'on donne à
un enfant son nom, par exemple celui
de son grand-père, on conduit
le bébé chez lui le huitième
jour, et il crache dans la bouche de
son petit enfant, pour fortifier l'esprit
qui est déjà là,
et qui naturellement est déjà
son propre ntoro, qui s'est transmis
à l'enfant par l'intermédiaire
du fils du grand-père (non pas
de sa fille, car le grand-père
maternel ne peut pas être du même
ntoro que les enfants de sa fille).
La loi est absolue : il n'y a qu'une
personne du même ntoro qui puisse
accomplir ce rite."
(ibid p54) [244-247]
"
Comme on l'a vu plus haut, l'atka et
le nom sont un seul et même être.
On se rappelle la définition
de Ramussen : " L'homme se compose
du corps, de l'âme (nappan) et
du nom (atka)."
Nous la comprenons mieux, maintenant
que nous savons plus précisément
ce qu'est l'atka : l'âme gardienne,
le génie tutélaire de
l'enfant, c'est-à-dire l'ancêtre
incarné en lui... L'enfant qui
vient au monde n'est pas vraiment un
mort qui renaît. Il a son nappan
à lui. Au bout de quelques jours
seulement, on lui procure l'atka qui
prendra soin de lui, qui assurera sa
croissance et son progrès. Cet
atka ne se confond pas avec sa personne.
Jusqu'à un certain point il en
reste distinct. " L'atka est quelquefois
à l'intérieur de l'enfant,
quelquefois près de lui ; parfois
il s'en va très loin. Quand son
atka s'éloigne de plus d'une
toise ou davantage, l'enfant se met
à pleurer et il ne cesse pas tant que l'atka n'est
pas de retour." On reconnaît
en cet atka un élément
de l'individualité qui a été
étudié plus haut sous
les noms de génie tutélaire,
inigukua, kra, ntoro, nyarong, etc.,
bien qu'il en diffère en quelques
points." [413-415] in L'âme
primitive
- essai de
Lucien Lévy-Bruhl (1927)
Ka
égyptien : - Double, ancêtres
mythologiques, totémiques, les
êtres éternels du rêve_cf
les Portes
du rêve de
Géza
Roheim p155,
156
- Ka phallus, taureau, taureau de sa
mère...
Au féminin, vulve, vache...
Procréer ou Mourir = passer à
son ka, rejoindre son ka
Flamme du feu, scarabée soleil
levant... "
C'est ton fils, que ton Ka t'a engendré
; ne sépare pas ton cur
de lui. "158
- Ka, Saint Esprit.
Ob : élément de la préposition latine
ob en face, à l'encontre. Souffle des
ossements. Double. Vestige de l'état
humain. (ombre)
"Des
textes qui viennent d'être cités résultent
simplement : 1 l'existence d'un "second
soi", être ou objet mystérieusement
uni avec l'homme ; 2° la solidarité
mystique de cet être ou objet
avec l'individu qui vit et meurt en
même temps que lui ; 3° la
définition de cet être
ou objet comme atai, tamaniu, niniai,
nunuai, nunu, c'est-à-dire comme
ombre, reflet, image, écho, double."
[173] in L'âme
primitive
-essai de Lucien
Lévy-Bruhl (1927)