| Aux chants des
Kinnaras, de désirs consumés,
Les Brahmanes foulaient les
gazons parfumés ;
Et sur les bleus étangs et sous
le vert feuillage
Cherchant de Bhagavat la glorieuse
image,
Ils virent, plein de grâce et
plein de majesté,
Un Etre pur et beau comme
un soleil dété.
Cétait le Dieu. Sa noire
et lisse chevelure,
Ceinte de fleurs des bois et
vierge de souillure,
Tombait divinement sur son dos
radieux ;
Le sourire animait le lotus
de ses yeux ;
Et dans ses vêtements, jaunes
comme la flamme,
Avec son large sein où sanéantit
lâme,
Et ses bracelets dor de
joyaux enrichis,
Et ses ongles pourprés quadorent
les Richis,
Son nombril merveilleux,
centre unique des choses,
Ses lèvres de corail où fleurissent
les roses,
Ses éventails de cygne et son
parasol blanc,
Il siégeait, plus sublime et
plus étincelant
Quun nuage, unissant,
dans leur splendeur commune,
Léclair et larc-en-ciel,
le soleil et la lune.
Tel était Bhagavat, visible
à loeil humain.
Le nymphéa sacré sagitait
dans sa main.
Comme un mont démeraude
aux brillantes racines.
Aux pics dor, embellis
de guirlandes divines,
Et portant pour ceinture à ses
reins florissants
Des lacs et des vallons et des
bois verdissants,
Des jardins diaprés et de limpides
ondes,
Tel il siégeait. Son
corps embrassait les trois Mondes,
Et de sa propre gloire un pur
rayonnement
Environnait son front majestueusement.
Bhagavat ! Bhagavat !
Essence des Essences,
Source de la beauté, fleuve
des Renaissances,
Lumière qui fais vivre et
mourir à la fois !
Ils te virent, Seigneur, et
restèrent sans voix.
Comme lherbe courbée au
souffle de la plaine,
Leur tête saffaissa sous
ta mystique haleine,
Et leur coeur bondissant
dans leur sein dilaté,
Comme un lion captif, chercha
la liberté.
LAir vital, attiré
par la chaleur divine,
Dun insensible effort
monta dans la poitrine,
Et, sous le crâne épais, à lEsprit
réuni,
Se fraya le chemin qui mène
à lInfini.
Ainsi que le soleil, ami des
hautes cimes,
Tu souris, Bhagavat, à ces âmes
sublimes.
Toi-même, ô Dieu puissant, dispensateur
des biens,
Dénouas de lEsprit les
suprêmes liens ;
Et dans ton sein sans borne,
océan de lumière,
Ils sunirent tous trois
à lEssence première,
Le principe et la fin, erreur
et vérité,
Abîme de néant et de réalité
Quenveloppe à jamais de
sa flamme féconde
Linvisible Mâyâ, créatrice
du monde,
Espoir et souvenir, le rêve
et la raison,
Lunique, léternelle
et sainte Illusion.
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