| Ainsi dans les
roseaux se lamentaient les sages ;
Des pleurs trop contenus inondaient
leurs visages,
Et le Fleuve gémit en réponse
à leurs voix,
Et la nuit formidable enveloppa
les bois.
Les oiseaux sétaient tus,
et, sur les rameaux frêles,
Aux nids accoutumés se reployaient
leurs ailes.
Seuls, éveillés par lombre,
en détours indolents,
Les grands pythons rôdaient,
dans lherbe étincelants ;
Les panthères, par bonds musculeux
et rapides,
Dans lépaisseur des bois,
chassaient les daims timides ;
Et sur le bord prochain, le
tigre, se dressant,
Poussait par intervalle un cri
rauque et puissant.
Mais le ciel, dénouant ses larges
draperies,
Faisait aux flots dorés unlit
de pierreries,
Et la lune, inclinant son
urne à lhorizon,
Epanchait ses lueurs dopale
au noir gazon.
Les lotus entrouvraient sur
les eaux murmurantes,
Plus larges dans la nuit, leurs
coupes transparentes ;
Larôme des rosiers dans
lair pur dilaté
Retombait plus chargé de molle
volupté.
Et mille mouches dor,
dazur et démeraude,
Etoilaient de leurs feux la
mousse humide et chaude.
Les Brahmanes pleuraient en
proie aux noirs ennuis.
Une plainte est au fond de la
rumeur des nuits,
Lamentation large et souffrance
inconnue
Qui monte de la terre et
roule dans la nue ;
Soupir du globe dans léternel
chemin,
Mais effacé toujours par le
soupir humain.
Sombre douleur de lhomme,
ô voix triste et profonde,
Plus forte que les bruits innombrables
du monde,
Cri de lâme, sanglot du
coeur supplicié,
Qui tentend sans frémir
damour et de pitié ?
Qui ne pleure sur toi, magnanime
faiblesse,
Esprit quun aiguillon
divin excite et blesse,
Qui tignores toi-même
et ne peux te saisir,
Et sans borner jamais limpossible
désir,
Durant lhumaine nuit qui
jamais ne sachève,
Nembrasses lInfini
quen un sublime rêve ?
O douloureux Esprit, dans lespace
emporté,
Altéré de lumière, avide de
beauté,
Qui retombes toujours de la
hauteur divine
Où tout être vivant cherche
son origine,
Et qui gémis, saisi de tristesse
et deffroi,
O conquérant vaincu, qui ne
pleure sur toi ?
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