| Et les sages
pleuraient. Mais la blanche Déesse,
Ganga,
sous londe assise, entendit leur détresse.
Dans la grotte de nacre, aux
sables dor semés,
Mille femmes peignaient en anneaux
parfumés
Sa vierge chevelure odorante
et vermeille ;
Mais aux voix de la rive elle
inclina loreille,
Et voilée à demi dun bleuâtre
éventail,
Avec ses bracelets de perle
et de corail,
Son beau corps diaphane et frais,
sa bouche rose
Où le sourire ailé comme
un oiseau se pose,
Et ses cheveux divins de nymphéas
ornés,
Elle apparut, et vit les sages
prosternés.
GANGA
Brahmanes ! qui vivez et priez
sur mes rives,
Vous qui dun oeil pieux
contemplez mes eaux vives,
Pourquoi gémir ? Quel est votre
tourment cruel ?
Un Brahmane est toujours un
roi Spirituel.
Il reçoit au berceau mille dons
en partage ;
Aimé des Dieux, il est intelligent
et sage ;
Il porte au sacrifice un coeur
pur et des mains
Sans tache ; il vit et meurt
vénérable aux humains.
Pourquoi gémissez-vous, ô Brahmanes
que jaime ?
Ne possédez-vous pas la science
suprême ?
Avez-vous offensé lessentiel
Esprit
Pour navoir point prié
dans le rite prescrit ?
Confiez-vous en moi : mes
paroles sont sûres ;
Je puis tarir vos pleurs et
fermer vos blessures,
Et fixer de nouveau, loin du
monde agité,
Vos âmes dans le rêve et limmobilité.
Sur le large Lotus où son corps
divin siège,
Ainsi parlait Ganga, blanche
comme la neige.
MAITREYA
Salut, Vierge aux beaux yeux,
reine des saintes Eaux,
Plus douce que le chant matinal
des oiseaux,
Que larôme amolli qui
des jasmins émane ;
Reçois, belle Ganga, le salut
du Brahmane.
Jete dirai le trouble où ségare
mon coeur.
Je me suis enivré dune
ardente liqueur,
Et lamour, me versant
son ivresse funeste,
Dirige mon esprit hors du chemin
céleste.
O Vierge, brise en moi les liens
de la chair !
O Vierge, guéris-moi du tourment
qui mest cher !
NARADA
Salut, Vierge aux beaux yeux,
aux boucles dor fluide,
Plus fraîche que lAurore
au diadème humide,
Que les brises du fleuve au
fond des bois rêvant ;
Reçois, belle Ganga, mon hommage
fervent.
Je te raconterai ma peine encore
amère.
Oui, le dernier baiser que me
donna ma mère,
Suprême embrassement après de
longs adieux,
De larmes de tendresse emplit
toujours mes yeux.
Quand vient lheure fatale
et que le jour sachève,
Cette image renaît et trouble
le saint rêve.
O Vierge, efface en moi ce souvenir
cruel !
Vierge, guéris-moi de tout amour
mortel !
ANGIRA
Salut, Vierge aux beaux yeux,
rayonnante de gloire,
Plus blanche que le cygne et
que le pur ivoire,
Qui sur ton cou dalbâtre
enroules tes cheveux ;
Reçois, belle Ganga, loffrande
de mes voeux.
Mon malheur est plus fort que
ta pitié charmante,
O Déesse ! Le doute infini
me tourmente.
Pareil au voyageur dans les
bois égaré,
Mon coeur dans la nuit sombre
erre désespéré.
O Vierge, qui dira ce que je
veux connaître :
Lorigine et la fin
et les formes de lEtre ?
Sous un rayon de lune, au bord
des flots muets,
Tels parlaient tour à tour les
sages inquiets.
|